Mille collines et une Marine

Bonjour à toi!
Bienvenue sur ce blog où tu pourras suivre mes aventures africaines pendant 3 mois au Rwanda. 
En espérant te faire voyager un peu, et te donner beaucoup envie.. 
Bonne lecture et à très bientôt..



Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /Oct /2008 15:22
         Ca y'est "die Zeit ist um". Il faut rentrer à la maison paraît-il. Je ne réalise pas, je laisse le départ venir à moi en tentant de l'ignorer. Je vois les gens comme d'habitude, dis aurevoir mécaniquement comme si c'était une pièce de théatre, sans vraiment le prendre au sérieux. Meme dans la voiture emmenant Nina et moi à l'aéroport, je souris, ris, essaye de voir Kigali avec un regard de "dernière fois" mais meme cela je n'y arrive pas. Cela me semble tellement irréel et impossible de quitter cet endroit que mon cerveau refuse de rentrer dans un état d'esprit de départ. A l'aéroport je surfe entre crise de rires et crises de larmes. Larmes car je ne veux pas quitter tout cela. Rires car Nina et moi avons vraiment l'air de touristes typiques avec nos tresses et nos foulards dans les cheveux. Parce que nous sommes les dernières à monter dans l'avion mais prenons quand même le temps d'aller acheter des boucles d'oreilles avec les derniers francs rwandais. Larmes car la personne que je voulais le moins quitter ne sera pas à temps à l'aéroport. On se quitte pour si longtemps sans adieux. C'est peut-être plus simple comme cela. 

      Je m'embarque donc pour un voyage de plus de 72 heures. Heureusement Nina m'occupe l'esprit les 4 premières heures, jusqu'à Addis. Nous rions de nous mêmes, faisons des plans de futur, quand nous irons rendre visite à Rebecca à Washington, les soirées africaines qu'on organisera à Münster...A Addis nous nous quittons: elle part tout de suite pour l'Allemagne, moi je reste une nuit sur place. A ma grande surprise on me donne un visa de transit et je rejoins vite l'hotel en plein coeur de la ville. On m'apprend aussi que j'ai le droit d'aller et venir dans la ville à ma guise. Je ne me le fait as dire deux fois, je saute sur mon carnet d'adresses et appelle Ermias, le copain de Clélie, rencontré en Avril dernier en Ethiopie. 10 minutes après je me retrouve en train de discuter de Rwanda, Ethiopie, Clélie, voyages, cours de français avec Ermias dans les rues de la capitale: complètement dingue! Nous allons boire des bières avec des amis à lui et voilà Marine partie sur la piste de danse avec les éthiopiens du coin jusque tard dans la nuit. Courte nuit à l'hotel, un peu perdue dans mon rythme, mais tellement heureuse d'avoir vu Ermias et l'Ethiopie by night. Trajet Addis-Londres. Long, triste, solitaire. Temps de repenser à tant de gens, de choses. De faire une sorte de bilan. De verser des larmes. J'enchaine sur 2 nuits et 1 journée londonienne. Je pense que je n'aurai pas pu faire pire comme décalage. Monde, rythme pressé, grands buildings, froid, pluie, vent. Juste je n'y crois pas. Je me demande environ toutes les deux minutes ce que je fais ici. Heureusement encore (décidément ce voyage aura été ponctué d'heureusement!) je suis accueillie par des amis d'un ami. Des gens formidables qui m'ouvrent grand leur porte et je suis reçue comme une reine. Ils me montrent le coin, m'emmènent boire du bon vin blanc. Dernier jour, 7 heures de bus eurolines, traversée de la mer en ferry. Rencontre avec une américaine très drôle qui "loooooove my braids" et avec qui j'échange sur les voyages. Courte pause à Paris où ma cousine vient gentillement m'aider à porter mes bagages. Etrange de se voir si vite et dans cette situation, mais agréable de voir une tête connue à l'arrivée du bus! Dernière étape: le train!! Dernier heureusement, mon voisin de Paris à Lyon. Un béninois très drôle et sympa qui reconnait ma African attitude et avec qui les deux heures s'écouleront en un éclair. Enfin je pose le pied à Perrache. Et les amies sont là à l'heure et pleines de joie. Welcome home Marine. Ouf. Je commencais à fatiguer.

         Maintenant cela fait une semaine que je suis rentrée. Enfin que j'ai quitté Kigali. Cela me paraît déjà être des siècles en arrière. Pourtant je ne rêve plus que d'y retourner. Mon corps commence tout juste à s'habituer au climat post-été de France. Ma tete met un peu plus de temps à se sentir à nouveau à l'aise. Ca viendra. L'Afrique m'a ensorcelé. De haut en bas.

         Quand est-ce que je repars?
Par Marine DE HAAS - Publié dans : Moments du quotidien
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Vendredi 26 septembre 2008 5 26 /09 /Sep /2008 13:41
"Est-ce que je le fais ou est-ce que c'est vraiment trop cliché? En plus ca va peut-etre donner un affreux résultat sur moi. En meme temps je ne suis pas tous les jours en Afrique et ici c'est peu cher et bien fait."

   Adjugé vendu: je vais me faire tresser!

Commence alors l'aventure. Je prends un mini bus direction Kimisagara et je réussis à trouver quelq`'un qui m'aide à trouver l'endroit exact ou je dois m'arreter. Je suis accompagnée de Gwyneth ma pote ghanéenne et une de ses amis. "Mama Djibou" nous attend comme prévu sur le bord de la route et me fait des grands signes: je suis la seule muzungo du coin, facile à repérer. Je la trouve cool dès le départ: un anneau dans le nez, robe et foulard blanc et vert, plutot petite et menue mais avec une voix qui révèle un caractère de fer.
Nous la suivons dans les petites rues (chemins) de Kinisagara jusqu'à arriver à sa maison. Typique des maisons de quartiers pauvres. Une grande cour, la cuisinière au charbon dehors, quelques fauteuils sans draps et des murs nus et sales. Bien sur des enfants partout.
Le prix avait été fixé à l'avance mais elle essaye de revenir sur sa parole en disant que les cheveux de muzungo sont très différents et glissent. Elle demande le double. Après coups de téléphone à Cécile (l'entremetteuse) et traduction en francais, elle accepte le deal initital et me montre l'endroit ou m'asseoir, par terre sur un tissu. 

Naive comme je suis, je m'attends à rester là deux ou trois heures, pas plus. Bilan des courses: je suis restée les fesses posées au sol pendant 8 heures. Rien que cela. Mais c'était une expérience interessante :) et le résultat n'et pas si mal que ca. 
8 heures. On se raconte des choses, on rigole. On s'étonne que je veuille des tresses "avec les si beaux cheveux que tu as", on me pose des questions sur la France. Les enfants défilent devant la porte: une muzungo en train de se faire tresser ca les amuse vraiment. Kiriku (génial le nom on a pas arreté de chanter "Kiriku n'est pas grand mais il est vaillant"), la petite de 2 ans, passe sa journée à escalader mes jambes,fouiller mon sac, jouer avec mes premières tresses, se blottir dans mes bras. Elle est aussi légère qu'une plume et n'arrete pas de rigoler. A d'autres moments tout le monde est silencieux, on écoute l'orage qui arrive sur Kigali. Le temps de penser à plein de choses en 8 heures.

Je suis un peu sceptique en sortant. Mais je m'habitue vite et trouve que finalement c'est un drole de nouveau style. Et les gens me disent que je "look smart" alors tout va bien. J'ai la sensation bizarre de peser 3 kilos de plus (juste par les cheveux) et d'avoir une sorte de grand bonnet ou de petit animal sur le crane. Ca tire pas mal et la nuit ne sera pas très bonne...
Par contre je suis désormais immunisée contre le mal-etre face au regard des autres dans la rue. Déjà que les Rwandais ont l'habitude de regarder (ou de dévisager!) tout ce qui est différent (est-ce culturel?) que ce soit moi la blanche ou que ce soit un copain rwandais qui porte des dreads. Donc mettez dans la rue une muzungo la tete remplie de tresses africaines: on se retourne, on rigole parfois, les enfants s'arretent carrément. Bref maintenant je suis prete à marcher dans les rues européennes avec une crete rouge et jaune sur la tete sans que le regard des autres ne me pose problème!

Demain Nina ma copine allemande va faire la meme expérience: dimanche on prend l'avion ensemble, au moins jusqu'à Addis Ababa. On s'est déjà dit qu'on aurait l'air tellement cliché avec nos tresses, qu'on pouvait carrément faire la totale: mettre une de nos robes africaines, les lunettes de soleil et un chapeau :) bref on va bien se marrer je pense, entre deux crises de larmes à l'aéroport...

Real mama Africa is going home...
Par Marine DE HAAS - Publié dans : Moments du quotidien
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Mardi 23 septembre 2008 2 23 /09 /Sep /2008 10:12

Burundi-trip Burundi-trip

Depuis le temps qu’on m’en parle du Burundi…que ce soient les muzungos croisés à Kigali ou les Burundais rencontrés à Lille, on ne tarit pas d’éloges sur ce petit pays inconnu du grand public. Il fallait donc que j’aille voir de mes propres yeux les sourires des Burundais et les plages de Bujumbura.

Une belle brochette internationale, Nina allemande, Rebecca américaine et Marine française se mettent donc en route pour passer trois journées à Bujumbura et se relaxer un peu. 7 heures de bus qui passent en un éclair et nous voilà dans un pays étranger, dans une ville plate (quelle surprise après les collines de Kigali) située au bord d’un immense lac. Et il fait vraiment plus chaud qu’au Rwanda.

Sans rentrer dans les détails de ces trois jours, je peux juste dire que nous avons passé des moments superbes. La famille d’un ami Burundais de Kigali (dont j’avais initialement rencontré le frère à Lille en Mai dernier) nous a accueillies les bras grand ouverts. Incroyable. Reçues comme des reines, avec toute la gentillesse et la chaleur possible. Comme si on était dans notre propre famille. Guy Daniel le cousin nous a trimbalé de la plage à l’université, nous a fait découvrir les endroits sympas pour boire un coup, nous a donné des explications sur son pays…Lisette la sœur nous a emmené au marché pour négocier les tissus, nous a fait visiter le centre-ville, nous a ouvert sa maison et offert son amitié.

Un pays qui sort tout juste de 13 années de guerre. Et on se ballade dans les rues, on aperçoit la pauvreté bien sur mais les gens sourient et vont de l’avant. On ne voit pas vraiment les traces du conflit, même si il est évident qu’en quelques jours passés dans la capitale nous ne pouvons tout voir et comprendre. Mais je pensais quand même ressentir ce passé (récent) douloureux plus que cela.

Les plages de Bujumbura sont magnifiques : on se croirait au bord de l’océan. Il y a de grosses vagues, du vent…rien à voir avec l’eau des lacs vus auparavant. C’est bon d’être assise dans le sable et écouter le bruit répétitif des vagues s’échouant sur la rive. C’est revivifiant de plonger tête la première dans l’eau et de se marrer comme une gamine. De mettre sur le bout du nez la crème solaire nivea qui rappelle tant de souvenirs d’été de l’enfance. Kigali me semble bien loin…

Trois jours c’est forcément trop peu pour découvrir un pays. Mais assez pour laisser sur la langue un gout particulier. Une envie de revenir. Des odeurs de voyages. Des plans sur la comète aussi, de revenir plus longtemps… mais finalement pourquoi pas, la vie est encore longue ! Nous repartons charmées de haut en bas, les poches pleines de nouvelles adresses, 3 ou 4 kg en plus (avec tout ce qu’ils nous ont donné à manger de délicieux), le cœur joyeux mais un peu serré de quitter l’endroit.

Murabeho Burundi. Mukomera !

 

Petite anecdote marrante de la semaine dernière. En l’espace de quelques jours, 4 différents copains/copines que je n’avais pas vus depuis quelques semaines m’ont fait la même réflexion. « Oh Marine you grow fat ! » ou alors « Marine you are fat » (aussi sympa dans le genre..). Et moi la première fois déstabilisée essayant de trouver des excuses, de dire mais non…et tentant d’expliquer que dans le muzungo world ca ne se fait du tout de dire ca à une fille, aussi directement, enfin que ca ne fait pas plaisir du tout. « Ah yes ? And why ? ». « Because all girls want to be skinier and not fat! » “Oh ok…strange.” Au bout de la troisième réflexion je me rends à l’évidence, j’ai pris des kilos… Alors quand on me fait une remarque je souris de toutes mes dents et dis « It’s because I’m happy » et je m’amuse toujours plus de la manière directe qu’ont les Africains de dire les choses. Mais bon du coup je suis largement au courant que j’ai un peu grossi, donc si en revenant dans le muzungo world on pouvait éviter de me le rappeler ce serait super ! J

 

 

Par Marine DE HAAS - Publié dans : Travelling around
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Dimanche 14 septembre 2008 7 14 /09 /Sep /2008 19:29
   Nous sommes dimanche soir, et je n'arrete pas de me dire que dans deux semaines exactement je serai les fesses sur mon siège en direction de Addis Ababa puis de l'Europe. Une petite boule se forme au creux de l'estomac et va grandir petit à petit. Je n'arrive pas à réaliser que je puisse etre ailleurs pour l'instant. Tout est devenu si naturel, le quotidien au soleil, les gens à saluer sur mon chemin qui mène au centre ville, les pieds sales pleins de poussière, les soirées avec mes collocs, les moments avec les gens que j'ai appris à connaitre et à aimer en si peu de temps, les excursions à droite, à gauche pour le week-end.
      C'est fou comme on peut se sentir vite chez soi. Comme la vie d'étudiante sans attaches m'a rendu caméléon. Comme je me sens vite en confiance. Comme je me suis habituée aux départs. Parfois ca fait un peu peur cette distance.

       La semaine passée a été pleine de bonnes choses. Ngabo, Tanja, Nina et moi (la super équipe francophone!!) sommes repartis pour la troisième et dernière fois (au moins pour les filles) à Akagera pour continuer à travailler avec le village de réfugiés. Nous avons été complètement surpris par la motivation des habitants, leur accueil toujours aussi chaleureux, tout ce qu'ils avaient préparé pour nous démontrer qu'ils étaient prets à recevoir des visiteurs. Nous avons dansé, mangé, dormi là bas. Vu le légendaire éléphant du village dont les gens nous parlaient tout le temps, Mutware. Nous avons aussi eu des gros problèmes de voiture, mis 8 heures à atteindre Kigali (au lieu de 4!) mais qu'est-ce qu'on a rigolé: Tanja au volant d'une jeep partant en ruine, une roue penchant d'un coté,la fenetre ne se fermant plus et les essuie glaces cassés...le tout sous une pluie battante. On peut meme dire un vrai déluge comme il y en a rarement dans cette partie du pays. Mais la bonne humeur étant toujours présente, cela ne nous a pas empeché de nous arreter manger les meilleures brochettes de chevre du district tout en dansant sur des chansons de militaires complètement bidons. Oui voilà ca se passe plutot bien mon stage... :) 
        Je passe des supers moments avec Rebecca et Nina, américaine et allemande. J'améliore mon accent, on me dit que je parle très bien anglais, et ce avec un accent allemand :) Voilà ce que ca donne d'habiter dans une auberge rwandaise.
        Cet après-midi meeting à Nyamirambo. Les femmes ont recu mercredi leurs premiers vrais touristes. 6 américaines qui ont donc payé un tour et ont été complètement emballé par le projet. Elles ont meme parlé de trouver des fonds chez elles pour pouvoir aider les femmes de l'Association à acheter du terrain et accéder à une propriété privée. Dingue! En tous cas c'est tellement chouette de voir des résultats, que ces incroyables femmes vont toucher des bénéfices, que tous les efforts mis ensemble dans ce projet sont récompensés. Sensation d'acomplissement personnel aussi. Je les regardais tout à l'heure et ressentais tout simplement une grande tendresse pour elles. Et déjà une tristesse de bientot ne plus les croiser au quotidien et entendre "Marine where have you been?? We missed you!"

      Nostalgie avant l'heure.......
Par Marine DE HAAS - Publié dans : Moments du quotidien
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Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /Sep /2008 17:58
   Si une chose m'a marqué en Ouganda, ce sont bel et bien les trajets en bus que j'ai fait durant la semaine. Je pense que je n'avais jamais passé autant de temps les fesses posées sur une banquette inconfortable à regarder des paysages. Voici les trajets les plus marquants de la semaine.

      Le premier que je retiendrai est celui me menant de la frontière ougandaise à la capitale. Je me lève avant le soleil, pense être en retard et cours prendre le bus. Je suis dans les premières. Les gens arrivent petit à petit, au compte goutte, amenés par les vélos taxis ou les motos. Je patiente dans le froid du matin. Le bus s'emballe et je nous vois partir avec soulagement. Seulement la surprise c'est que le bus s'arrête tous les deux mètres pour prendre des nouvelles personnes: ils ne se sont pas dit que ce pourrait être efficace d'avoir un seul arrêt de bus! Bref, nous mettons 3-4 d'heures à sortir de la ville et nous remontons les collines, passons au dessus des nuages. Souffle coupé, visage collé contre la vitre pour ne rien rater de cette beauté. Puis après les montées ou le bus galère viennent les descentes et les grandes routes ou je commence à prier Dieu de m'accorder encore quelques années de vie. D'une ca va vite. De deux il y a des énormes trous sur la route donc le chauffeur tente de les éviter en passant par les bords en terre: résultat le bus penche une fois à gauche, une fois à droite. Ajoutez à cela que les ougandais roulent comme les anglais, à gauche et quelques camions de pétrole renversés sur la chaussée, vous aurez un aperçu du paysage. Heureusement ma voisine est charmante et m'accompagne aux toilettes pendant les pauses, me briefe sur les prix des bananes grillées et des chappattis vendus aux fenêtres du bus. Finalement malgré les grosses frayeurs les 8 heures de bus sont passées rapidement. On ne se lasse pas de regarder les paysages qui changent au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans les terres ougandaises (du vert puis du sec, des villes sales, puis des petits villages). Pas possible de lire, ni de dormir. Ce n'est pas grave, on emmagasine des milliers d'images, la tête se remplit avec des dizaines de pensées différentes. Et c'est agréable. L'entrée dans Kampala est un gros choc: on met prés d'une heure à atteindre l'arrêt de bus, le trafic est immense, il y a des gens partout et des fortes odeurs de gaz. Mais au moins je peux me dégourdir les jambes.

       Deuxième expérience en compagnie d'Edith. Nous nous levons tot et quittons notre fabuleuse et luxueuse guest house de Kampala pour attraper un bus direction le Nord Ouest du pays. Nous sommes vers 8h à la gare routière. On nous dit que le bus arrive dans une demie heure, nous payons notre ticket. Finalement nous partirons de Kampala 4 heures plus tard: pendant 4 heures, ne sachant pas si le bus allait arriver dans quelques minutes ou dans plusieurs heures, nous avons pris notre mal en patience dans cette gare routière bondée, sur polluée ou les odeurs sont insupportables et les déchets une vraie moquette. Nous avons cru devenir dingue. Une fois montées dans le bus nous avons constaté que les gens faisaient un concours pour faire rentrer le plus de choses possibles dans l'engin. Incroyable: sacs, valises, enfants, mémés. Tout le monde s'entassait. Dans un autre bus ils nous rajouteront 4 ou 5 poulets ce qui vaudra de gros fous rires à Edith qui n'avait jamais vu cela en Tanzanie! Et on se retrouve en sandwich entre la vitre et les fesses de quelqu'un. Combien de temps à tenir? Seulement 4 heures, pas de soucis! Formidable leçon de patience à l'africaine...pas facile pour deux muzungo habituées au TGV Paris-Lille...

      Dernière expérience qui vaut le détour: entre Masindi et Butiaba près du lac Albert. Nous trouvons une voiture à 7:00 du matin qui va dans notre direction. Nous hésitons 30 secondes vu l'état du véhicule mais nous n'avons pas vraiment d'autres alternatives. L'animal en question est une vieille voiture dont le coffre tient encore grâce à une ficelle. Nous commençons le périple à seulement 6 personnes, 3 derrière, 3 devant. Des fortes odeurs de poisson envahissent tout l'espace. Si tôt et avant le petit déjeuner c'est franchement moyen. Sur la route le "taxi" s'arrêtera pour laisser des gens et en prendre d'autres. L'apogée du voyage sera le moment à 9 dans la voiture. Et le passager à qui nous avons décerné la médaille d'or fut celle qui est quasiment montée sur les genoux du conducteur. Ou le conducteur était sur ses genoux, ce n'était pas très clair cette affaire!

     Il y a eu beaucoup plus de choses différentes et très drôles, mais je devais quand même faire une sélection du top 3! Si mes calculs sont bons, j'ai passé 40 heures de ma semaine dans des bus. Plutôt pas mal comme score!
Par Marine DE HAAS - Publié dans : Travelling around
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Dimanche 7 septembre 2008 7 07 /09 /Sep /2008 22:56
        Amazing-Uganda Amazing-Uganda

            Home sweet home me voilà de retour sur ma merveilleuse et silencieuse colline de Kigali... Quel choc après une semaine de folie en Ouganda, quel décalage pour des pays voisins... 
       Retrouvé Edith à Kampala et nous sommes parties, sacs au dos, sur les petites routes de ce pays inconnu. 2 filles en Afrique de l'Est, un peu fauchées, beaucoup radines, envies d'aventures, de rires et de rencontres: ce n'était pas triste!!

       Pour faire bref, voici un apercu des choses entreprises, endroits admirés, fous rires et autres droles de choses qui nous sont arrivées.
            Heures et heures de bus, km sur des routes en terre, en goudron, avec ou sans trous, avec ou sans poulets, parfois avec ou sans les fesses de quelqu'un dans la tete :) Après-midi stop sur un sentier de foret, marché d'enfer, d'une camionnette de produits de beauté, au chef de district et son taxi en passant par le camion de bouteilles vides.
             Chambres d'hotels vraiment cheap...le lit qui se réduit au fur et à mesure, les toilettes dans la chambre et les cafards dans la douche..mais toujours des gens accueillants et super sympas aux différentes réceptions.
           Les lacs...Victoria, Bunyone, Albert. Moments magiques assises auprès de l'eau, se faisant chauffer par le soleil, caressées par le vent, accompagnées par les discussions des pecheurs, se baignant (pour Edith!). Paysages à couper le souffle. Sensations de bien etre profond...près de l'eau.
            Marches...au bord des lacs, dans les villages, sur des petites routes, dans une magnifique foret, dans les collines de Kabale district toute seule avant de rejoindre Edith. Agréable...toujours un sentiment de sécurité. Les gens nous saluent, nous indiquent la route, je rassure Edith qui après trois mois en Tanzanie n'a plus l'habitude de marcher la nuit dehors.
             Shakira rencontrée au bord du lac: elle est belle dans sa robe bleue d'écolière toute simple. Elle rigole tout le temps, s'amuse à me faire des tresses et à se pendre aux bras d'Edith. Elle est un condensée de joie de vivre et de simplicité. Elle n'a que 12 ans et pourtant elle pose des questions censées, sait prendre le temps d'écouter. Elle nous fait découvrir son village, sa mère et sa maison, toute fière...Elle veut devenir pilote. 
             Soirée et matinée passée devant le Lac Victoria avec un groupe de jeunes israéliens qui nous ont ouvert leur maison. Trois jeunes qui construisent un bateau dans un village du coin pour ensuite voyager sur le lac. Au programme, échanges sur nos cultures, nos voyages, reves éthiopiens, bouffe israélienne, cours de cuisine de chapati dans le village d'en dessous...
             Gros gros fous rires à plusieurs reprises lorsque des gens viennent nous réveiller sans raisons en pleine nuit (alors que ce n'est pas vraiment drole à la base...!). 5 heures du mat' dimanche matin. On tambourine à la porte: "Mam it's 5 o clock" alorsmoi "Yes and?" "Yes it almost 5" "Ok thank you" "Bye". Aucun sens!! Sinon on a aussi eu à 7 h du mat' un matin on ou avait décidé de dormir un peu plus: boum boum boum. Je me lève ouvre. Une gamine d'une dizaine d'années qui me dévisage sans rien dire. Moi mal lunée "Yes what do you want?" ---silence--- "Ouhouh what do you want from me?" et elle répond: "Nothing mam just wanted to greet you" et j'hallucine "Ok bye..." et rejoint Edith dans la chambre qui se marre comme un dindon sous les draps! Ils sont fous ces ougandais..Ou dans le village de pecheurs le manager du "lodge" (enfin de lhotelmiteux ou on dormait) qui débarque dans notre chambre à 4:45 am en cirant "Musungo wake up!!" pour qu'on ne loupe pas le bus. Bus qui klaxonnait comme un malade depuis déjà 10 mn. Sure que tous les poissons du lac étaient déjà au courant que le bus pour Kampala partait bientot. 
             La capitale ougandaise justement...mis du temps à me débarasser d'un sentiment d'oppression constant. Poussière, pollution à outrances, odeurs de déchets partout, pauvreté plus violente qu'ailleurs, à parfois couper la vue et le souffle. Trafic incroyable, ville hyperactive, hyperbondée. Monde monde monde. Jamais ressenti un tel sentiment de surpopulation. Magazins ouverts 24 sur 24, La nuit n'existe pas....

      Voilà en vrac quelques fragments de ce très très chouette voyage, meme s'il y en a beaucoup d'autres.. Si on ne fait pas ce genre de voyage à 20 ans, quand donc??

Par Marine DE HAAS - Publié dans : Travelling around
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Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /Août /2008 22:38

.....meme si on aimerait envoyer tout le monde au diable..

     Tellement contente d'accueillir Edith, copine de l'IEP, pour une semaine au Rwanda. Faisant un stage avec le Tribunal pour le Rwanda basé à Arusha, elle a droit à un billet d'avion pour Kigali. Donc elle saute sur l'occas et on se prévoit une petite semaine Rwanda-Ouganda, tranquilles...je suis heureuse de prendre des vraies vacances, loin de Kigali, du bureau, des projets meme si tout cela me tient très à coeur. Parfois il faut savoir prendre l'air pour mieux apprécier son quotidien. Du coup vendredi matin je me lève toute motivée et pars la chercher à l'aéroport. Ca dure, ca dure, je vois les bagages déjá tous arrivés mais aucune personne des Nations Unies. Le temps passe, passe, l'heure tourne et Marine piétine dans le seul hall de l'aéroport. Une heure après l'arrivée de l'avion un gars vient me demander si je suis bien Marine et m'annonce que les autorités rwandaises ont refusé l'entrée d'Edith sur le territoire. Visa pas valable. Et elle a la malchance d'etre francaise. Les bureaux de de l'ONU à Arusha lui ont assuré qu'elle n'aurait aucun problème. Mon oeil....ils l'ont remis illico presto dans l'avion du retour et avant meme que j'ai eu le temps de dire oups, Edith regagnait le ciel pour la Tanzanie.

       Première réaction: connards de gouvernement, de gardes, de gens des nations unies, de politiques, d'ambassadeurs, de diplomates!!!!! Pourquoi est-ce que c'est nous qui devons payer pour vos conneries et vos disputes?
        Deuxième réaction: mais c'est horrible je dois absolument partir en "vacances", c'était prévu dans ma tete je ne veux/peux pas y renoncer. Mais je ne vais quand meme pas voyager toute seule??

     C'est drole comme quand on a des plans bien fixes et précis dans sa tete, qu'on les attend et qu'on se réjouit,et que d'un coup ils tombent à l'eau, on a l'impression que tout est nul, pourri gaché, rien n'est possible. Que rien ne pourra etre mieux que ce qui était prévu. Alors on apprends à faire face à l'imprévu, à aviser, á trouver des alternatives. Et le plus drole c'est de se rendre compte que c'est souvent encore plus chouette comme cela...mais on a un peu du mal à l'admettre :)

       Du coup Marinchen a fait son sac à dos. Départ à 8:00 direction Ouganda! Première étape seule, à Kabale trois heures de bus de Kigali. Chouette lac où aller faire des balades, nuit dans une sorte de musée hotel qui monte des projets culturels dans le coin. Puis cap sur Kampala ou je suis censée retrouver Edith. Elle sera venue de l'autre coté, du Kenya par bus. Et après je ne sais pas....surprises... est-ce que je pousse jusqu'à Nairobi avec Edith pour aller voir un copain à elle? Est-ce qu'on voyage à l'intérieur des terres, est-ce qu'on prend le bateau sur le Lac Victoria? On verra. C'est plutot étrange car je me sens stréssée de partir à l'aventure, d'abord toute seule. Rwanda et OUganda il n'y a pas de pays plus surs pour une voyageuse seule dans toute l'Afrique de l'Est! Mais c'est juste un sentiment qui s'est logé dans le bas du ventre. Je me suis ramollie en restant à Kigali trop longtemps. Aller let's go and see how dance Ugandan people...

Par Marine DE HAAS - Publié dans : Travelling around
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Jeudi 21 août 2008 4 21 /08 /Août /2008 18:14
Nyamirambo-en-couleurs Nyamirambo-en-couleurs 

                  Comme je l’ai brièvement expliqué dans un article précédent je travaille depuis mon arrivée sur un projet dans Kigali, projet de „tourisme urbain“ lancé par NDA et premier dans son genre au Rwanda. Entre ma première rencontre avec les femmes du Nyamirambo Women’s Center mi juillet et aujourd’hui, de nombreuses étapes ont été franchies : des heures passées ensemble à réfléchir sur les modalités d’un tour dans le quartier, des matinées assises devant le bureau du chef exécutif du quartier pour enfin avoir la fameuse permission, des repas, un training… Je suis donc adoptée par ces femmes, elles me connaissent désormais et nous passons de très bons moments ensemble. Jacky, Sifa, Mary, Vestine, Aminata, Marie-Aimée, Florence…un festival de jeunes femmes et de femmes mures, magnifiques dans leurs robes africaines, souriantes à toute heure, prête à aider à la fois leur famille, leur association, leurs voisins et leur communauté. Pour la plupart mères seules, elles se lèvent le matin aux aurores et ne mangent pas toujours à leur faim. « Dormir à leur sommeil » si on cherche un équivalent il ne faut même pas y penser. De vraies abeilles, qui butinent toute la journée. Bien sur sans se plaindre…Certaines ont eu la chance de trouver par l’association un sponsor qui les aide à reprendre leurs études pour élargir les perspectives d’avenir. Enfants, études, association, travail, neveux à la maison, accueil de touristes, examen entre temps. Je pense souvent à la chance que j’ai en temps que femme, en temps que fille, en temps qu’étudiante.

                  Bref revenons à nos moutons. Nous avons emmené nos premiers « touristes » à travers les petites rues de Biryogo à Nyamirambo. La première était Peggy, une riche et influente américaine (son mari détient une des plus grosses maisons de production américaine, et elle est membre d’un conseil des Nations Unies spécialisé dans les questions concernant les femmes) intéressée par notre projet. C’était un peu délicat de balader cette dame, à tous égards adorable et ouverte, dans les rues poussiéreuses et sales du quartier. Nous avons commencé par un repas ensemble, dans la maison d’Aminata, une des membres de l’association par ailleurs vrai cordon bleu ! Kasava, pommes de terre, bananes plantains, légumes. Sauce aux noisettes et épinards. Et l’Ugali (pâte blanche) de mais. Et on mange avec ses doigts ! Pendant ce temps les discussions s’enchaînent sur la vie quotidienne des femmes, en temps que chrétiennes, en temps que musulmane, tout simplement en temps que femme dans un quartier populaire. Les filles sont un peu timides et c’est surtout Jacky qui monopolise la parole. Nous revêtons les habits musulmans pour couvrir nos jambes et nos bras et nous dirigeons vers la mosquée. C’est étrange de se balader couverte de la tête aux pieds, impression d’être déguisée. La partie Islam ne se passe pas très bien, nous n’avons pas encore la permission de rentrer ne serais-ce que dans la cour et Sifa ne parle pas beaucoup alors que nous avons fait des recherches sur le sujet de l’Islam au Rwanda. Ce sera le point négatif de la journée. Nous notons les remarques et critiques de Michael, mon boss qui accompagne Peggy. Cette dernière nous donne aussi des idées et apporte un œil nouveau, de touriste parfaite ! Après la mosquée nous allons chez Maitre Kabambi ou Mary nous explique l’art de la couture et des tissus en Afrique : celui-ci est congolais et emploie des maliens. Venus d’Afrique de l’Ouest les deux maliens sont venus chercher plus de travail et ont apporté leur savoir faire. Si il existe un art de s’habiller à la rwandaise, beaucoup de gens s’habillent selon la manière ouest africaine (longues robes taillées dans des tissus aux couleurs chatoyantes et aux imprimés divers). Ensuite nous enchaînons sur le salon de coiffure ou nous avons tous la chance de recevoir une tresse. Faite en quelques secondes seulement ! Puis nous finissons avec le marché local ou Vestine nous fait faire le tour de tous les fruits et légumes inconnus au Nord. Elle montre aux « touristes » l’huile gardée dans les petites bouteilles d’eau, le riz dans les sachets en plastiques, les vieilles qui pilent les feuilles de Kasava, les plants de manioc qui sèchent au soleil en attendant d’être moulus. Sans oublier la vendeuse de petits fours traditionnels et les têtes de moutons couvertes de mouches qui pendent sur le coté.

                        La journée est finie…il reste beaucoup beaucoup de travail pour les femmes de l’association : une meilleure organisation, des recherches plus claires et surtout des guides plus ouverts et bavards ! Cela viendra avec la pratique je l’espère. Deux jours plus tard nous remettons cela et emmenons Ricarda, Michael un allemand ami de mon patron, Tanja et Gwyneth donc du staff de NDA, à la découverte de Nyamirambo. Les filles parlent alors plus et sont beaucoup plus à l’aise, c’est agréable… La demi-journée se déroule vraiment bien et nous permet à tous de faire le point sur les points positifs et négatifs du tour, sur quoi les femmes doivent mettre le paquet, sur quoi elles doivent absolument travailler. Je suis assez contente pour ma part du résultat de ces deux tours, en tous cas aux vues du chemin parcouru jusqu’ici… Avec du temps, de la pratique régulière, des nouvelles idées, ce genre de tour aura un réel succès j’imagine. Découvrir la vie quotidienne de ses femmes, manger avec elles et discuter de tout et n’importe quoi, ce n’est pas tous les jours que des touristes venus pour une ou deux semaines pourront l’expérimenter. J’ai hâte que les femmes de l’association puissent enfin toucher les bénéfices concrets de cette action, cela leur permettra de se développer et d’accorder de nouvelles aides à celles désirant continuer leurs études. Et je suis fatiguée, d’avoir marché, piétiné dans la poussière mais aussi d’avoir stressé, comme avant un examen important ! Mais c’est gratifiant de voir que le projet dans lequel j’ai investi mon temps et mon énergie depuis le début du stage commence vraiment à prendre forme et va être super.
Par Marine DE HAAS - Publié dans : Rencontres
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Vendredi 15 août 2008 5 15 /08 /Août /2008 20:01

Kigali-city Kigali-city 

                Il ne se passe pas une seule journée à Kigali sans que je sois frappée par une nouveauté : un building est apparu sur l’emplacement d’un terrain vague. Un trottoir semble s’être construit par magie en une nuit, sur le bord d’une route complètement nue la veille. Deux supermarchés (géants par rapport aux superettes de d’habitude) ouvrent leurs portes dans le centre-ville : les Rwandais se ruent à l’intérieur plus dans une démarche de curiosité que dans la perspective de dépenser. On creuse, on frappe, on bâtit, on assemble. Femmes et hommes. Sur le bord des routes ou perchés en équilibre sur de modestes échafauds de bois.


              Il semble que la ville soit en pleine mutation, en pleine transformation. Comme si, telle une chenille elle tentait de se débarrasser de sa vieille peau pour montrer à tous et à toutes l’éclat de ses couleurs et de sa toute jeune modernité. C’est étrange de se trouver au cœur de ce mouvement permanent, de ce souffle chaud, pour une européenne habituée aux bâtiments de plusieurs siècles, aux centre ville qui sont certes rénovés mais jamais rebâtis des pieds à la tête. Pour celui qui visite la ville aujourd’hui et revient dans ne serais-ce que trois ans, Kigali aura un nouveau look… Même pas sur qu’il retrouvera les chemins empruntés alors, les endroits côtoyés,  les maisons habitées.


             Cette métamorphose rapide et efficace ne se fait certes pas sans cicatrices. Pour faire de la place dans une capitale de 1 million d’habitants, capitale d’un pays qui connaît d’ailleurs la densité humaine la plus élevée de l’Afrique subsaharienne, ce n’est pas une mince affaire. Alors voilà notre gouvernement obligé d’expulser les pauvres de leurs modestes maisons de brique et de tôle. De toutes façons cela fait sale et mauvaise impression. On expulse, on dédommage les gens, on rase, on reconstruit à neuf des vrais buildings, on invite les gens qui peuvent se le permettre ou les entreprises qui cherchent des bureaux. Pour avoir abordé le sujet avec plusieurs personnes (rwandais et étrangers confondus) je comprends que la réalité est un tantinet plus compliquée que la version officielle (on dédommage amplement les gens expulsés, on leur laisse du temps et on leur donne un autre terrain). Les gens sont expulsés rapidement et n’ont pas toujours d’endroit ou aller : les terrains qu’on leur accorde (si on leur en accorde !!) sont bien sur très éloignés de l’endroit qu’ils quittent, plus proche du centre-ville. De plus l’argent promis comme dédommagement, censé permettre à ces gens de reconstruire une maison ou louer un endroit, met des mois et des mois à arriver. Un ami journaliste a écrit un article sur le sujet mais aucun journal n’a voulu le publier.


                  Plusieurs fois maintenant je suis passée dans des endroits de Kigali que j’aime particulièrement, accompagnée d’amis rwandais qui me disaient fièrement : «Dans quelques mois ou années ces vieux bâtiments seront enfin rasés et on pourra avoir une vraie ville moderne ! ». Je n’ai pas osé leur dire que si j’aimais tellement me promener dans Nyamirambo ou dans la rue des épiciers du centre-ville c’était justement grâce à ces vieux bâtiments tous décolorés et pourtant si vivants qui longent les rues. La bassesse et la modestie des habitations, la vie qui s’en dégage…les couleurs encore et toujours. Après réflexion je me suis rendue compte que j’aimais m’y promener mais y vivre serait une autre part de manches. Raser ces endroits serait une perte d’identité importante pour ces quartiers de Kigali. Pourtant il semble qu’il faille passer par là pour améliorer le niveau de vie et la qualité des infrastructures. Comment alors concilier amélioration des maisons, des rues, de la ville en général et la sauvegarde d’une identité, d’une histoire à l’échelle d’un quartier, de la ville ? Je ne pense même pas si ceci soit vraiment le souci principal des résidents des quartiers dont je parle. Pourtant à posteriori détenir un certain patrimoine n’est-il pas important pour un pays et un peuple ? J’espère que les rwandais ne laisseront pas cette question de coté.  

Par Marine DE HAAS - Publié dans : Mieux comprendre...
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Samedi 9 août 2008 6 09 /08 /Août /2008 10:15

             Training à Ndego Training à Ndego 

              Nous y retournons! Cela fait exactement 4 semaines que nous avons découvert le petit village d’Humure au Sud du parc national d’Akagera. J’avais décrit mes impressions et ma joie de découvrir cette partie du Rwanda. C’est en effet sur les chemins de ce village que j’avais eu mon « déclic » et mes premières sensations de bonheur africain ! Cette fois-ci Cécile ne nous accompagne pas et nous serons seulement 3: Tanja, Ngabo et moi-même. Tanja a travaillé durant les semaines précédentes sur un concept pour « entraîner » les communautés ou nous voulons développer un projet. On parle de Training en général. Sous ce terme un peu vague on comprend l’échange d’idées, d’envies et la mise au point d’un projet, d’un tour en commun. Nous sommes tous excités à l’idée de retrouver les habitants si chaleureux de ce village mais aussi curieux de voir comment mettre la théorie en pratique. Si nous savons que les 20 pages du concept ne sont réalisables que dans un « perfect world » comme nous le disait notre boss avant de partir, nous espérons quand même avoir de bons résultats. Le lundi est occupé par la rédaction du programme, du budget et des courses pour les jours à venir. Il faut penser aux carnets et stylos à distribuer aux gens, au crédit de téléphone, aux nombreuses bouteilles d’eau, à un grand panneau pour que tout le monde puisse voir. Le DED (Deutsches Entwicklungsdienst – Service de développement Allemand) finance notre projet de A à Z.

 

            Le trajet aller n’a pas été de tout repos. Failli avoir un accident à cause d’un vélo un peu fou, puis la voiture qui à du avoir aussi peur que nous ne voulait pas redémarrer : deux heures d’attente dans un bled. Bref la mauvaise humeur a failli s’installer. Heureusement de succulentes brochettes, le sourire et l’accueil des gens sur le chemin ainsi que la beauté du paysage nous font reprendre du poil de la bête ! Cela fait déjà 4 fois que je passe par cette route mais je ne me lasse pas de regarder…j’aime tellement le rouge de la terre qui se mêle au vert des bananiers. La fleur d’une couleur particulière qui se détache du paysage, et le visage étonné des enfants qui hurlent « Musungo Komera » (blanc sois fort !! sorte de formule de bienvenue) Nous arrivons dans l’après-midi à Humure et Ramiro accueillis par l’équipe de Care International, dont Betty avec qui nous avions particulièrement sympathisé la dernière fois. En deux trois mouvements elle regroupe la vingtaine de personnes avec qui nous voulons faire le training et organise les journées à venir. Heureusement qu’elle nous apporte son aide, elle travaille ici depuis près d’une année et connaît le village comme sa poche. Pendant ce temps nous rencontrons Emmanuel, chargé de la sécurité économique aussi chez Care. Il nous explique son job ici : il visite chaque association et tente de leur apprendre ce qu’il nomme «la culture de l’épargne ». Comme il n’y a ni banque, ni institut de micro finance dans le coin (suite à une faillite généralisée en 2004) les gens tentent de s’en sortir par leurs propres moyens. Chacun amène une certaine somme chaque semaine (montant très modeste entre 50 et 200 FRW ce qui fait entre 5 et 20 centimes environ) et au bout de quelques semaines l’association a assez pour pouvoir faire crédit à l’un de ses membres. Le membre en question doit avoir expliqué son projet, ses plans et pourquoi il est important de lui accorder ce crédit. L’association décide ensuite à la majorité si on doit ou non lui accorder le prêt. Bien sur les projets restent à très petite échelle mais c’est intéressant de voir comme les gens veulent s’en sortir et sont solidaires. Le soir nous dormons dans le village d’en face. Pas d’électricité dans le village donc cuisine au feu de bois, avec tous les légumes locaux, un bout de chèvre…Betty nous accueille chez elle et nous mangeons là avec tous les gens de Care et deux étudiantes (une canadienne et une rwandaise) qui sont ici pour faire des recherches sur les réfugiés et pour évaluer l’efficacité du projet de CARE ici. C’est très chouette, nous échangeons sur divers sujets (« Quoi Tanja tu es athée ???? Comment fais tu pour vivre sans croire en rien ??? »), rigolons, j’apprends de nouveaux mots de kinyarwanda… et nous allons nous coucher déjà bien lessivées.

 

            7h30 premier repas de la journée. Je ne peux pas appeler cela un petit-déjeuner, ce serait faire offense aux croissants et au beurre. Ici on mange seulement deux fois par jour. Le matin avant 8 heures et le soir après 20heures. Et la même chose : un mix de patates, bananes, aubergines, haricots, poisson, viande, manioc, épinards, riz, pâtes selon l’humeur. Entre les deux un ou deux beignets aussi consistants qu’un brique du Chnord pour bien te caler. Donc je commence ma journée le ventre rempli de choux et de riz à la tomate. Il faut compter entre 30 minutes et une heure de retard à tout RDV. Ici n’échappe pas à la règle. La première journée sert à faire parler les gens. Sur leur village, ce dont ils sont fiers dans leur communauté, ce qu’ils aimeraient montrer à des gens de l’extérieur. Ils travaillent en petits groupes. Pleins de choses ressortent : la technique traditionnelle de fabrication du beurre, les habits confectionnés pour les bébés, la solidarité entre les personnes, leur histoire personnelle mouvementée entre la Tanzanie et le Rwanda. Nous mettons au point une carte du village ou chacun vient ajouter les endroits qu’il pense important ou dignes d’intérêt. L’après-midi est destinée aux rêves. Quels sont leurs projets pour le futur, leurs rêves (inzozi) ? On trouve de tout encore une fois, mais les rêves qui reviennent le plus souvent se situent au niveau de l’éducation pour les enfants (une école moderne dans le village…) et des moyens à disposition des coopératives. Nous identifions les projets qui concernent directement le tourisme et ceux qui sont réalisables à plus long terme.

 

A la fin de la journée, Betty nous emmène, Tanja et moi nous balader auprès du lac. Magnifique moment. Lumières de fin de journée, celles que je préfère. Les couleurs les plus belles que l’Afrique peut offrir : le vert des arbres et des roseaux, le jaune des herbes sèches, le rouge de la terre encore et toujours, les différents bleus du lac et du ciel. Des enfants nous accompagnent tout le long, pieds nus, habits troués, visages sales mais tellement souriants. Toujours prêts à rire, chanter, poser fièrement devant l’appareil photo puis s’enfuir en courant quand je mime de vouloir les attraper. Ils sont incroyables. Il y a aussi les chèvres qui soulèvent tant de poussière sur leur passage, les belles vaches rwandaises avec leurs cornes imposantes. Nous entendons les hippopotames mais impossibles d’en voir un de près. C’est peut être mieux comme cela. Les animaux du lac ne semblent pas toujours être les meilleurs amis des habitants : Betty nous raconte quelques histoires pas vraiment drôles. Deux heures de balade, encore un de ces moments si précieux ou je me sens au bout du monde, et pourtant dans une totale sérénité. En paix avec moi-même et le reste du monde. Ou on a l’impression qu’on a besoin de rien d’autre que cet endroit.

 

            La nuit est mouvementée, chambre presque sans ouvertures, gorge sèche, deux allers retours aux toilettes (petite vessie oblige après deux verres de thé), toilettes qui sont d’ailleurs dans un état pitoyable, je suis presque prête à rejoindre Pékin s’il y a une épreuve d’apnée au programme, et pour finir une de ces draches !! Avec un toit en tôle je peux vous assurer qu’il est impossible de fermer l’œil. Ou alors juste pour prier que le ciel ne nous tombe pas sur la tête ! Enfin bref !

 

            Dernier jour, second jour de training nettement moins productif j’ai l’impression. Peut-être parce que je me sens malade et pas dans mon assiette. Encore du retard, les gens sont lents et mous. Chacun présente son association, ce qu’ils pourraient proposer et ce dont ils ont besoin. Il y a de chouettes idées. Nous allons emmener les touristes voir comment les gens récoltent le miel dans des ruches maisons, comment on prépare du savon à base de fruits et d’herbes, comment le lait est utilisé par les gens, comment les femmes tissent des paniers et tricotent des habits pour les nouveaux-nés, comment le menuisier fabrique le jeu de bille traditionnel rwandais. Une vieille propose de monter une pièce de théâtre pour mettre en images leur vie de déplacés. On réfléchit à un endroit ou les faire manger, peut être même dormir. Idée de faire un feu de camp, de la danse, des contes. Nous notons les besoins de chacun, en temps et financiers. Les numéros de téléphone aussi. L’après-midi est déjà avancée et nous avons 4 bonnes heures de route pour rejoindre Kigali ce soir. Donc nous ne traînons pas et après avoir remerciés notre chère Betty et pris congé de tous les gens, nous repartons à la maison, le corps plein de fatigue et, je dois avouer, contents de retrouver le confort de la ville. Mais la tête aussi remplie de bonnes choses et plus que jamais l’envie dans le cœur de mener ce projet à bout pour que les gens de cette communauté puissent en toucher des bénéfices. Nous projetons de revenir dans 3 ou 4 semaines, histoire de réfléchir entre temps à ce que nous pouvons faire comme tour, quelles sont les possibilités financières, faire des recherches de fond sur la question des réfugiés, peut être aussi faire un peu de marketing research. Enfin il y a encore du boulot !

Par Marine DE HAAS - Publié dans : Travelling around
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