Jeudi 21 août 2008
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18:14
Nyamirambo-en-couleurs
Comme je l’ai brièvement expliqué dans un article précédent je
travaille depuis mon arrivée sur un projet dans Kigali, projet de „tourisme urbain“ lancé par NDA et premier dans son genre au Rwanda. Entre ma première rencontre avec les femmes du Nyamirambo
Women’s Center mi juillet et aujourd’hui, de nombreuses étapes ont été franchies : des heures passées ensemble à réfléchir sur les modalités d’un tour dans le quartier, des matinées assises devant
le bureau du chef exécutif du quartier pour enfin avoir la fameuse permission, des repas, un training… Je suis donc adoptée par ces femmes, elles me connaissent désormais et nous passons de très
bons moments ensemble. Jacky, Sifa, Mary, Vestine, Aminata, Marie-Aimée, Florence…un festival de jeunes femmes et de femmes mures, magnifiques dans leurs robes africaines, souriantes à toute heure,
prête à aider à la fois leur famille, leur association, leurs voisins et leur communauté. Pour la plupart mères seules, elles se lèvent le matin aux aurores et ne mangent pas toujours à leur faim.
« Dormir à leur sommeil » si on cherche un équivalent il ne faut même pas y penser. De vraies abeilles, qui butinent toute la journée. Bien sur sans se plaindre…Certaines ont eu la chance de
trouver par l’association un sponsor qui les aide à reprendre leurs études pour élargir les perspectives d’avenir. Enfants, études, association, travail, neveux à la maison, accueil de touristes,
examen entre temps. Je pense souvent à la chance que j’ai en temps que femme, en temps que fille, en temps qu’étudiante.
Bref revenons à nos moutons. Nous avons emmené nos premiers « touristes » à travers les
petites rues de Biryogo à Nyamirambo. La première était Peggy, une riche et influente américaine (son mari détient une des plus grosses maisons de production américaine, et elle est membre d’un
conseil des Nations Unies spécialisé dans les questions concernant les femmes) intéressée par notre projet. C’était un peu délicat de balader cette dame, à tous égards adorable et ouverte, dans les
rues poussiéreuses et sales du quartier. Nous avons commencé par un repas ensemble, dans la maison d’Aminata, une des membres de l’association par ailleurs vrai cordon bleu ! Kasava, pommes de
terre, bananes plantains, légumes. Sauce aux noisettes et épinards. Et l’Ugali (pâte blanche) de mais. Et on mange avec ses doigts ! Pendant ce temps les discussions s’enchaînent sur la vie
quotidienne des femmes, en temps que chrétiennes, en temps que musulmane, tout simplement en temps que femme dans un quartier populaire. Les filles sont un peu timides et c’est surtout Jacky qui
monopolise la parole. Nous revêtons les habits musulmans pour couvrir nos jambes et nos bras et nous dirigeons vers la mosquée. C’est étrange de se balader couverte de la tête aux pieds, impression
d’être déguisée. La partie Islam ne se passe pas très bien, nous n’avons pas encore la permission de rentrer ne serais-ce que dans la cour et Sifa ne parle pas beaucoup alors que nous avons fait
des recherches sur le sujet de l’Islam au Rwanda. Ce sera le point négatif de la journée. Nous notons les remarques et critiques de Michael, mon boss qui accompagne Peggy. Cette dernière nous donne
aussi des idées et apporte un œil nouveau, de touriste parfaite ! Après la mosquée nous allons chez Maitre Kabambi ou Mary nous explique l’art de la couture et des tissus en Afrique : celui-ci est
congolais et emploie des maliens. Venus d’Afrique de l’Ouest les deux maliens sont venus chercher plus de travail et ont apporté leur savoir faire. Si il existe un art de s’habiller à la rwandaise,
beaucoup de gens s’habillent selon la manière ouest africaine (longues robes taillées dans des tissus aux couleurs chatoyantes et aux imprimés divers). Ensuite nous enchaînons sur le salon de
coiffure ou nous avons tous la chance de recevoir une tresse. Faite en quelques secondes seulement ! Puis nous finissons avec le marché local ou Vestine nous fait faire le tour de tous les fruits
et légumes inconnus au Nord. Elle montre aux « touristes » l’huile gardée dans les petites bouteilles d’eau, le riz dans les sachets en plastiques, les vieilles qui pilent les feuilles de Kasava,
les plants de manioc qui sèchent au soleil en attendant d’être moulus. Sans oublier la vendeuse de petits fours traditionnels et les têtes de moutons couvertes de mouches qui pendent sur le
coté.
La journée est finie…il reste beaucoup beaucoup de travail
pour les femmes de l’association : une meilleure organisation, des recherches plus claires et surtout des guides plus ouverts et bavards ! Cela viendra avec la pratique je l’espère. Deux jours plus
tard nous remettons cela et emmenons Ricarda, Michael un allemand ami de mon patron, Tanja et Gwyneth donc du staff de NDA, à la découverte de Nyamirambo. Les filles parlent alors plus et sont
beaucoup plus à l’aise, c’est agréable… La demi-journée se déroule vraiment bien et nous permet à tous de faire le point sur les points positifs et négatifs du tour, sur quoi les femmes doivent
mettre le paquet, sur quoi elles doivent absolument travailler. Je suis assez contente pour ma part du résultat de ces deux tours, en tous cas aux vues du chemin parcouru jusqu’ici… Avec du temps,
de la pratique régulière, des nouvelles idées, ce genre de tour aura un réel succès j’imagine. Découvrir la vie quotidienne de ses femmes, manger avec elles et discuter de tout et n’importe quoi,
ce n’est pas tous les jours que des touristes venus pour une ou deux semaines pourront l’expérimenter. J’ai hâte que les femmes de l’association puissent enfin toucher les bénéfices concrets de
cette action, cela leur permettra de se développer et d’accorder de nouvelles aides à celles désirant continuer leurs études. Et je suis fatiguée, d’avoir marché, piétiné dans la poussière mais
aussi d’avoir stressé, comme avant un examen important ! Mais c’est gratifiant de voir que le projet dans lequel j’ai investi mon temps et mon énergie depuis le début du stage commence vraiment à
prendre forme et va être super.
Par Marine DE HAAS
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Publié dans : Rencontres
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